Dossier de présentation et biographie de Jean Dallaire

On pourrait croire que je ne prends pas la vie au sérieux… apparemment! J’ai toujours eu du goût pour les oiseaux, les petits drapeaux et encore pour la matière des tissus. C’est peut-être décoratif, mais, au fond qu’est-ce que ça peut faire?

Coq licorne de Jean Dallaire
Coq licorne de Jean Dallaire

Jean-Philippe Dallaire est surtout connu pour ses tableaux festifs peuplés de personnages étranges et macabres. Dans son travail, le réel et l’imaginaire s’entremêlent dans un monde de formes et de couleurs.

Dallaire, « le peintre maudit », laisse un legs d’un millier œuvres dont trop sont méconnus du public. Sur le marché de l’art plusieurs valent des millions. Il s’agit d’un artiste dont son style unique ne peut être associé à aucune tendance de son époque.

“Dallaire voulut créer une oeuvre poétique, réaliste et abstraite et en vivre alors que le Québec était gouverné par des hommes aux valeurs conservatrices qui considéraient que l’art moderne menait à la corruption des mœurs. C’est aussi un Québec avec des crucifix partout, où certains québécois faisaient leurs prières à chaque matin! En 2016 Jean Dallaire aura 100 ans. Dans les yeux de la société, est-ce que le rôle de l’artiste a changé? Est-ce aussi difficile de vivre de son art au Québec quand on propose une vision unique et originale qui s’éloigne de ce qu’on considère comme contemporain?”

Biographie

Jean-Philippe Dallaire est né à Hull sur la rue Vaudreuil le 9 juin 1916. Issue d’une famille nombreuse, de la classe ouvrière, rien ne le prédestinait à devenir un artiste. Il commence à dessiner à l’âge de 11 ans et suit plus tard des cours de dessin et de peinture dans différentes villes, dont Toronto, Boston et Montréal. Mais Dallaire est avant tout un autodidacte! Dès l’âge de 15 ans il est sollicité par la communauté bourgeoise locale qui s’arrache le jeune prodige pour peindre les membres des familles, des natures mortes mais aussi des icônes religieux.

En 1935, alors qu’il n’a pas encore 20 ans, Dallaire fait la rencontre du père Georges Henri Lévesque.

Celui-ci lui offre de l’héberger au couvent des Dominicains à Ottawa et lui fournit le matériel nécessaire à sa création. En échange, Dallaire accepte de peindre des tableaux pour la communauté religieuse. Dallaire cultivera un mépris pour la religion et les icônes qu’on lui imposera. Il crée un scandale chez les Dominicains avec son Christ-Mort. Le tableau du CHRIST MORT (1936) de Dallaire qui se trouve au Séminaire St-Joseph des Trois-Rivières ressemble grandement autableau LE CHRIST AU TOMBEAU peint en 1521 par le peintre allemand Hans Holbein le Jeune et exposéau Musée des Beaux-Arts de Bâle. Les deux peintures ont des qualités et des défauts communs.

En 1936, il quitte pour Boston où il étudie les maîtres anciens au Boston Museum et au Rhode Island Free Student School. De retour au Canada, il continue ses études avec Charles Maillard et Félix Charpentier à l’École des Beaux-Arts de Montréal. Par une rencontre fortuite, il fait la connaissance du père Lévesque, une figure marquante de la révolution tranquille mais aussi un mécène important de l’époque.

C’est pendant cette période que Dallaire courtise sa future épouse, Marie-Thérèse. Il était fou amoureux d’elle. Il la poursuivait, il lui écrivait des lettres jusqu’à ce qu’elle accepte de sortir avec lui. Dallaire est resté amoureux d’elle toute sa vie, mais sa passion s’est avérée aussi destructive qu’inspirante. Il a finalement convaincu Marie-Thérèse de l’épouser. Il l’a aussi convaincu de partir avec lui en France. En 1938, avide de connaissances, Dallaire veut se rapprocher des œuvres des maitres européens, explorer les nouvelles frontières de son art, sortir de son petit milieu et rencontrer les plus grands. Il pense d’abord à l’Italie, puis change de cap. Destination : Paris!

Lorsque les Allemands entrent dans Paris en 1940, Jean Dallaire est incarcéré dans un camp de prisonniers à St-Denis, au nord de la ville. En tant que sujets Britanniques, tous les Canadiens devaient être détenus, y compris Marie-Thérèse Dallaire qui est appréhendée quelque temps après son mari. Alors que l’internement de Marie-Thérèse ne durera que deux mois, Jean Dallaire passera quatre ans à l’intérieur des murs de la prison.

Puis Jean Dallaire et Marie-Thérèse séjournent à Londres de septembre à octobre 1945, avant leur retour au Canada. Dallaire y peint « Le jardinier », tableau inspiré par l’abondance retrouvée et qui avait fait si cruellement défaut durant les années de guerre.

Après sa libération, il étudie l’art de la tapisserie. Il termine cet apprentissage à Aubusson auprès du peintre Jean Lurçat à qui l’on doit le renouvèlement de l’art de la tapisserie en France.

En 1945, Dallaire revient au Canada. Il enseigne la peinture à l’École des beaux-arts à Québec de 1946 à 1952.

De retour sur Ottawa, sans le sou, en juin 1952, la chance tourne en août de la même année alors qu’il est embauché comme illustrateur à l’ONF de Ville Saint-Laurent où il illustre de courts films éducatifs. Plusieurs des œuvres de cette période sont aussi des commandes de murales. Maîtrise du dessin, spontanéité du sujet et riche coloris distinguent ces œuvres où s’allie une diversité de styles. Dallaire est inspiré par le théâtre italien, les personnages mythologiques, le surréalisme, le cubisme synthétique et l’art brut. En 1955, Dallaire réalise les illustrations de Cadet Rousselle. Il consacre ensuite ses efforts à la série Histoire du Canada, qui propose une vue d’ensemble des hommes et des événements qui ont façonné l’histoire du pays sous le régime français : Jacques Cartier (1956), La Vérendrye (1957), Jean Talon (1960), Samuel de Champlain (1963).

En 1958, le verdict tombe. Il est sans appel. La consommation excessive d’alcool a raison de la santé de Dallaire. Le médecin est catégorique, il ne lui reste que six mois à vivre. Dallaire décide qu’il ira passer les derniers jours de sa vie en France. Il y vivra encore sept années.

Par les propos de son fils François Dallaire, on comprend que pour l’enfant de dix ans qu’il était à l’époque, cet épisode a été très marquant. Il raconte que, plus tard, s’ennuyant de son père, il avait peint sa version de « L’été ».

Michel Dallaire lui, avait seize ans et était tout aussi bouleversé que son petit frère. Après tant d’années, un secret sort au grand jour. Marie-Thérèse a eu une liaison avec un autre homme durant les années de guerre et Michel est né de ce “second lit”; Dallaire considèrera Michel comme son propre fils à leur retour au Québec.

Jean Letarte, qui a fréquenté Dallaire à Paris à cette époque, raconte comment ce dernier peine à s’intégrer dans son nouvel environnement. Il ne reconnait plus la ville d’antan. La scène artistique a tellement changé qu’il se sent perdu. Suite à des recommandations, il décide de partir à Vence dans le sud de la France.

Dans le village de la côte d’azur, il y retrouve une colonie d’artistes qui tout au long du XXième siècle a été prédominante avec de grands noms, tels Modigliani, Soutine, Matisse ou encore Picasso.

Cette période se sépare en deux mouvements : de 1958 à 1962 où Dallaire peint des toiles empreintes de poésie et de féerie et de 1962 à 1965 où l’artiste peint des œuvres au style plus épuré et allant de plus en plus à l’essentiel. Dallaire rejoue dans sa peinture, le théâtre de sa vie!

Durant les derniers mois de sa vie, Dallaire est une sorte de montreur de marionnettes, tirant les ficelles de ces personnages peuplant une œuvre tout en intimité. Son drame se joue avec des pantins, des anges, des oiseaux, et parfois des êtres étranges qui foisonnent dans ses tableaux. Dallaire leur a donné des rôles dans ce théâtre sur toile qui retraçait sa propre tragédie.

Les critiques ont décrit Dallaire comme un homme entouré de mystère qui vivait « dans un monde privé avec son climat, son paysage, son architecture et ses gens bien à lui. » Dallaire est un peintre figuratif malgré son intérêt pour l’abstraction. Il joue un rôle de chef de file comme précurseur du retour à la peinture figurative au Canada à la fin des années 1960.

En 1959, Dallaire retourne en France et passe les dernières années de sa vie à Vence. Les œuvres de cette période montrent un traitement très personnel du modernisme. Elles se caractérisent par leur gaieté et leurs formes hautement schématisées et colorées. Dallaire découvre le caractère libérateur de l’abstraction. En 1968, le Musée d’art contemporain de Montréal et le Musée du Québec à Québec présentent la première rétrospective de son travail.